Bien que le caractère distinctif de ce terrain soit la roche, le silex, le granit, la végétation est très belle et très luxuriante jusqu’au premier plateau. Le chêne, le pin noir et blanc, le charme, l’orme, le hêtre constituent une forêt immense qui se continue pendant plus de deux heures.
Arrêtons-nous un instant sur ce premier plateau, et déjeunons, car nous sommes évidemment partis de bonne heure, avant le lever du soleil.
Ici la nature est encore dans toute sa vigoureuse beauté. Ce plateau, de forme circulaire, est circonscrit à l’est, à l’ouest et au nord par le prolongement de la forêt que nous venons de traverser. Au sud, les arbres deviennent plus rares. Des pierres énormes, — quelques-unes ont plus de vingt mètres carrés, — apparaissent sur toute l’étendue du plateau, les unes gisant horizontalement, à fleur de terre, les autres se tenant verticales, d’autres obliques. C’est un véritable chaos de pierres au milieu desquelles poussent quelques rares herbes.
Il faut près d’une demi-heure pour atteindre l’autre extrémité du plateau. Ici la montée devient plus difficile, le chemin se rétrécit, s’encaisse plus profondément, les arbres commencent à se faire rares.
Enfin deux heures après, on atteint le second plateau. L’aspect en est encore plus désolé que celui de son voisin d’en bas. C’est le même fouillis inextricable de pierres amoncelées. Une seule particularité : un lac, mignon, digne d’un jardin anglais, permet aux grands chênes qui l’ombragent et semblent le protéger de mirer leurs rameaux dans ses eaux tranquilles où prennent leurs ébats de coquettes petites truites très appréciées des gourmets. C’est une fraîche oasis au milieu de ces pierres brûlantes.
On s’éloigne à regret. On monte encore pour atteindre le troisième plateau. Mais cette fois le trajet est plus court. Il est vrai que, par manière de compensation, la route est de beaucoup plus pénible.
Nous voici arrivés à ce troisième plateau ! Le touriste s’en trouve tout aussi heureux que tu peux l’être, lecteur, en entrevoyant la fin du récit de cette monotone montée.
Et cependant ce n’est pas tout. Il reste un dernier obstacle à franchir. Il faut ici abandonner les chevaux, les confier aux surudji, et entreprendre courageusement, sous un lourd soleil, d’atteindre, à pied, ces deux petits cônes tronqués qui apparaissent, tout là-haut, devant vous.
Bast ! cela n’est rien à faire, se dit-on ! C’est tout près ! Et l’on se met résolument en marche. Et, à mesure que l’on avance, les deux petits cônes semblent s’obstiner à ne point se rapprocher de vous. On se meurtrit les pieds dans cette pyramide de pierres qui parfois cèdent sous votre pression, se détachent, dégringolent et vous entraînent dans leur chute. On cherche bravement une autre direction, des pierres mieux assises, et l’on recommence. Le soleil vous inonde de ses brûlants rayons ; la sueur coule à grosses gouttes de tous les pores distendus ; la gorge est desséchée. Un faux pas ! on dégringole de nouveau, et l’on perd en une seconde le résultat d’un effort de vingt minutes !
Ichallah ! nous y voici enfin !