« Un nouveau vol considérable a été commis dans la nuit de lundi à mardi à Stamboul, au préjudice d’Apik-Effendi, négociant bien connu dans notre ville.

« Les voleurs, qui appartiennent probablement à cette association dont les journaux de la localité ont parlé dernièrement, et à l’existence de laquelle il faut décidément croire, avaient fait leurs préparatifs depuis plusieurs jours. Ils avaient loué, sous prétexte de commerce de flanelles, une boutique, assez éloignée du comptoir d’Apik effendi, située à Nafié Han de Balouk Bazar. C’est de cette boutique qu’ils sont entrés dans le comptoir, après avoir troué les murailles de trois autres boutiques.

« Tout le contenu de la caisse, soit 4 à 5,000 livres turques, plusieurs lingots d’argent et d’autres objets de prix ont été enlevés.

« La police informe. »

Et cette autre histoire, d’un genre un peu plus dramatique, toujours dans la même période :

« Dimanche, vers 10 heures du soir, alors que lady Th… sortait avec son mari sir Georges Th…, gendre de M. F…, de chez l’amiral Hobbart pacha, où ils étaient allés en visite, des voleurs se sont précipités sur la chaise à porteurs dans laquelle se trouvait la jeune dame anglaise, et, brisant les vitres, ont voulu s’emparer de ses bijoux.

« Une véritable bataille rangée s’est engagée entre sir Georges Th…, les porteurs, le bekdji, quelques employés du Club commercial accourus au bruit de la lutte, et les voleurs d’autre part.

« Sir Georges Th… a assené quelques vigoureux coups de canne sur les assaillants, qui ont fini par prendre la fuite, non sans avoir blessé M. Th… à la main. »

Mais, au fond, comparés à ceux qui vont suivre, ces faits sont des enfantillages, et les États européens peuvent en revendre à la Turquie dans cet ordre d’idées.

Voici où la scène change, où apparaît le vrai et permanent fléau.

Quand on parle ici des bandes armées qui opèrent dans les divers vilayets de la Turquie, en Asie et en Europe, on ne manque point d’être taxé d’exagération.

Eh bien ! voici encore des extraits, pris au hasard, toujours dans le même journal semi-officieux précité, et pour une période de moins de trois mois.

On peut voir, par ces quelques notes, que nous donnons dans toute leur simplicité de faits divers, que ces bandes sont organisées militairement, parfaitement armées, et ressemblent quelque peu à ces Grandes Compagnies du moyen âge, qui infestaient la France avant que Duguesclin en prît le commandement, — n’en déplaise à sa mémoire !

(11 décembre 1880.)

« On se rappelle la capture, par les brigands, de Salih bey, sous-gouverneur de Castoria, et de quelques autres fonctionnaires dans le vilayet de Salonique.

» Ces fonctionnaires sont toujours au pouvoir des brigands. D’après les informations reçues par le Terdjumani-Hakikat, la bande qui a fait cette capture est composée d’une trentaine d’individus et commandée par un Hellène nommé capitaine Petro.

» Les brigands demandent pour rançon des sommes folles, 20 à 30 mille livres, et ils menacent les familles de leurs prisonniers de mettre à mort ces malheureux si elles n’envoient pas la rançon demandée. Ces infortunées familles n’ont pu préparer jusqu’à présent que 1200 livres turques. »

(Même date.)

« Un autre télégramme du gouverneur général annonce que le brigand hellène Ghika et cinq de ses compagnons, cernés dans une maison de la ferme de Hissar bey, ont été obligés de mettre bas les armes et de se livrer aux gendarmes. Ils ont été conduits, sous escorte, à Yénidjé et écroués dans les prisons de cette ville. »

(16 décembre 1880.)

« Une bande de brigands hellènes a fait son apparition aux environs de Ghemlek.

» Le sous-gouverneur de cette localité télégraphie au journal officiel de Brousse que cette bande, qui était composée de quinze personnes, a été complètement détruite par les zaptiés. Dans la lutte, deux zaptiés ont été blessés, mais leurs blessures n’ont aucune gravité. »

(31 novembre 1880.)

« Télégramme officiel.

» Le mutessarif de Serrès informe par télégraphe que le brigand Koko, qui depuis trois ans exerce, à la tête d’une bande, le brigandage dans le sandjak de Serrès et qui dernièrement a pillé le bourg de Zettova, vient d’être arrêté dans le village de Kosta. Le détachement qui a opéré cette capture continue à poursuivre les compagnons du bandit Koko.

» Grâce aux mesures qui ont été prises et aux ordres qui ont été donnés relativement à la poursuite du brigandage, un grand nombre de brigands ont été jusqu’à présent tués ou arrêtés, et nous aimons à espérer que, grâce à ces mesures, et sous les auspices de Sa Majesté, le brigandage sera prochainement détruit dans la province. »

(28 octobre 1880.)

« Hidayet pacha, commandant militaire de Janina, a adressé au ministère de la guerre le télégramme suivant :

» Une rencontre a eu lieu entre les troupes impériales et des brigands sur la montagne de Yaléocastro, district de Grébena. Dans ce combat, qui a duré six heures, cinq des brigands sont tombés morts ; les autres se sont dispersés dans les taillis, couverts de blessures. »

(21 décembre 1880.)

« On annonce que le sous-gouverneur de Salehli (vilayet d’Aïdin) est parvenu à arrêter cinq des brigands qui ont dévalisé la poste impériale près de Démirdji.

» Ces brigands avaient enlevé un groupe de cinq cents livres turques. Ils se dirigeaient vers la ville de Yédiz lorsqu’ils ont été attaqués par le sous-gouverneur et les gendarmes qui étaient sous ses ordres. L’affaire a été très chaude et il a fallu tout le courage d’Emin effendi pour avoir raison de ces bandits.

» Le sous-gouverneur Emin effendi n’a saisi sur eux que la somme de 170 livres. Le reste se trouve probablement en possession de leurs complices. »

(4 janvier 1880.)

« Une lettre du mutessarif de Magnésie informe le colonel commandant la gendarmerie du vilayet que le farouche Emin, l’adversaire de Pitch Osman et l’auteur du quadruple assassinat qui a eu lieu en dernier lieu à Axar, a été tué par la force publique dans une rencontre qu’elle a eue avec la bande de ce malfaiteur dans le caza de Kirkagatch. La lettre en question ne dit rien sur le sort des compagnons du bravo. »

(Même date.)

« Une rencontre sérieuse entre les gendarmes et les brigands a eu lieu la semaine dernière dans le district de Caterine, province de Salonique. Voici comment un télégramme adressé au ministère de la guerre par le vali ad interim expose l’affaire.

» Des dépêches du commandant et du mudir de Caterine informent que mercredi dernier un détachement de soixante gendarmes a attaqué dans la forêt de la ferme de Ravan, dans le district de Caterine, une bande de brigands composée de 80 individus environ. Dans le combat, qui a duré de 9 heures jusqu’au soir, deux brigands ont été tués et une grande quantité d’objets sont tombés entre les mains des gendarmes. Un enfant de quinze ans nommé Moustapha qui était en captivité a été délivré. Les brigands ont dû avoir plusieurs blessés, car on a découvert dans la forêt des traces de sang. Le détachement a perdu deux hommes. Le commandant Yahya bey et un autre gendarme ont eu leurs chevaux tués. »

Comme on le voit, ces bandes opèrent d’une façon régulière, à peu près sur toute l’étendue du territoire ottoman, aussi bien en Europe qu’en Asie.