Catchégani n’était pas seulement un fantaisiste. On raconte de lui des traits qui pourraient lui faire honneur si quelque chose pouvait relever son impardonnable métier. Autant il se montrait dur, impitoyable pour les riches et les puissants, autant il savait à l’occasion se montrer humain, charitable envers les pauvres et les humbles.

Il fait un jour la rencontre, dans la montagne, alors qu’il flânait solitairement, méditant quelque ruse nouvelle, d’un pauvre vieux bonhomme qui pliait sous une charge de bois trop lourde pour ses années.

— Eh ! pourquoi n’as-tu pas un bourriquot, l’ami ! dit Catchégani. Tu porterais plus de bois et te fatiguerais moins.

— Ah ! tchelébi, je suis si pauvre ! répond le bonhomme. Et c’est seulement avec les quelques piastres que je gagne ainsi péniblement que je puis donner du pain à mes enfants, et encore pas leur content !

— Voici vingt livres, reprend Catchégani en lui tendant une bourse. Demain tu iras au marché, tu achèteras deux bourriquots, une bonne hache, et dans la montagne tu trouveras le bois.

Le vieux, abasourdi par cette fortune inespérée, veut remercier son bienfaiteur, savoir son nom, mais celui-ci a déjà disparu. Il continue sa marche, et, le cœur joyeux, se fait une fête de raconter cette bonne aubaine à ses enfants.

Mais une heure plus tard il est rencontré par des hommes de la bande de Catchégani. On l’arrête et on lui saisit ses vingt livres.

Le bonhomme reprend, tout en pleurs, le chemin de son logis. Par hasard, Catchégani se trouve de nouveau sur sa route.

— Qu’as-tu à pleurer ? n’es-tu donc pas content ?

— Ah ! tchelébi, on vient de me voler ce que tu m’as donné.