Catchégani lance un signal. Bientôt ses hommes arrivent. Quand ils sont tous rassemblés, il dit au vieillard :
— Quel est celui qui t’a volé ?
— Celui-ci.
— Misérable, dit Catchégani, tu n’as pas honte de voler un pauvre homme ! Rends-lui ce que tu lui as pris !
Et il l’aurait tué sans les supplications de ses camarades.
Le vieux se jette aux genoux de Catchégani et l’assure de son éternelle reconnaissance. Le lendemain il achète au marché deux bourriquots, une hache, va à la forêt, abat du bon bois et s’en retourne en ville avec une forte charge.
Conduisant ses deux ânes, il se promène dans les rues du marché, fier, joyeux, et criant à tue-tête : « Voici les bourriquots de Catchégani qui passent ! Regardez le bon bois que j’ai aujourd’hui ! Je le dois à Catchégani ! » Et il continue ainsi, célébrant sur tous les modes le nom du bandit redouté.
Comme il refuse de se taire, les zaptiés finissent par l’arrêter. On le conduit chez le bin-bachi, qui l’envoie devant le pacha.
— Pourquoi cries-tu ainsi ? ne sais-tu pas qui est ce Catchégani que tu loues ? lui dit sévèrement le pacha.
— Voici vingt ans, répond le bonhomme, que je vends du bois. Je n’ai jamais pu gagner assez pour m’acheter un âne. J’ai les épaules meurtries par le fardeau. Regarde ! Personne ne m’a jamais donné 20 paras pour alléger ma misère. Au contraire, quand je vends une charge de bois apportée de très loin, péniblement, on cherche à me rogner mon prix. J’ai rencontré un homme qui a eu pitié de mon infortune, qui m’en a fait sortir, qui a fait que maintenant nous avons tous du pain à la maison ! C’est Catchégani qui est ce bienfaiteur ! Et tu ne veux pas que je proclame hautement le nom de mon bienfaiteur !