— Que signifie ce tapage ?

— Yanghen var !

— Où ?

— Auprès du konak (palais du gouverneur).

Et il va à une fenêtre, tire un rideau :

— Regarde, me dit-il.

Le ciel semblait en feu.

Dans la rue, un vacarme assourdissant. Les coups de fusil, de pistolet se succédaient sans relâche, se mêlant aux cris : atech ! atech ! var ! yanghen ! serail ! konak ! atech !

Je me lève et me traîne jusqu’à la fenêtre. La rue, éclairée par les reflets de l’incendie, sillonnée par une foule bigarrée, dont chaque individu, à moitié vêtu, tenant d’une main un falot, de l’autre un fusil ou un pistolet qu’il chargeait et tirait tout en courant, présentait un spectacle fantastique. Toutes les fenêtres s’éclairaient, s’ouvraient et l’on voyait chacun s’habiller en toute hâte.

Ce n’est pas qu’il y eût un danger immédiat pour le quartier où je me trouvais. Mais l’incendie s’étant déclaré derrière le palais du gouverneur, dans un amoncellement de petites ruelles, dans un entassement de vieilles demeures, il était évident que tout ce quartier n’allait être bientôt qu’un immense brasier. Et si le vent venait à s’élever, qui pouvait prévoir où le feu s’arrêterait ? Je pensais aussi que précisément la maison occupée par la mission française des sœurs de Charité, l’ancienne habitation d’Abd-el-Kader, se trouvait dans un rayon assez rapproché du foyer de l’incendie, et pourrait être bientôt menacée. Il fallait m’y rendre.