J’avoue que je suis resté court devant cette logique étonnante et cette arithmétique aussi transcendante qu’économique.

Il est vrai de dire aussi que ce pacha avait son excuse dans la façon fantaisiste dont lui-même recevait ses appointements. Et malheureusement, c’est ainsi en Turquie à tous les degrés de la hiérarchie administrative.

Quand nous remontâmes à cheval, après une large distribution de piastres, les zaptiés cafedji nous souhaitèrent un long voyage.

— Téchèkhurum effendim séadètlè oghourlarolsoum ! Merci, monsieur, que Dieu et le bonheur vous accompagnent ! me dit, en portant la main droite à son cœur, à sa bouche, à son front, le zaptié qui tenait la bride de mon cheval.

Hélas ! le pauvre homme, comme Allah a tenu peu de compte de ce vœu sincère !

Il y avait déjà trois heures que nous avancions lentement, suivant tantôt des sentiers rocailleux, tantôt de vénérables vestiges d’antiques routes romaines ; gravissant péniblement de dures montées pour redescendre bientôt dans des défilés encaissés, lits d’anciens torrents pour la plupart ; obligés maintes fois de nous arrêter dans ces chemins étroits, où deux cavaliers ne peuvent courir de front, pour nous garer et laisser passer d’interminables caravanes de chameaux apportant à Brousse les produits de l’intérieur.

Le soleil montait rapidement, et ses rayons, maintenant presque perpendiculaires, nous atteignaient brûlants.

Il s’agissait de trouver un lieu ombragé, à proximité d’une source, pour déjeuner, faire la sieste et laisser passer les moments de grande chaleur.

Mon cawas qui, plusieurs fois déjà, avait suivi cette route, m’informe qu’après une demi-heure de marche encore nous trouverons un endroit convenable pour la halte.

Je lui dis de prendre les devants. Il pique sa monture et disparaît.