A l'intérieur, des enveloppes jaunes où se lisait un nom, étaient pleines de ces billets carrés qu'on se passe au long des études; une liasse portait le mot: diversa. Ils remuaient ces ruines avec amour. Il y avait là des bulletins de sortie, des cartes de premier, un bout de ruban bleu laissé par Georges au confident de sa première bien-aimée, une lettre indignée du proviseur aux parents de Desreynes, des vers, un calendrier couvert, en marge, de mots inintelligibles.
Ils feuilletaient, très affairés, assis tout près, comme sur un banc, et le coude au coude.
«Monsieur, j'ai le regret de vous informer que votre fils…»
—Oh! je connais! Le proviseur voulait me mettre dehors: «Monsieur Desreynes, la coupe est pleine, le vase déborde, la dernière goutte vient de tomber.» La phrase ne manquait jamais, quand j'entrais dans le cabinet vert. Figure-toi que je l'ai rencontré, le brave homme! Il est en retraite. Je lui dis: «Vous voyez, monsieur le proviseur, que je n'ai pas si mal tourné…» Il m'a répondu paternellement: «Eh bien! tant mieux, ça m'étonne, ça m'étonne…» Il est très malade, maintenant.
Sur une enveloppe: «Georges».
—Ce sont nos billets, oh! fais voir!
Une chaleur riante emplissait la chambre et les pénétrait. L'âme a des moments de plénitude où il semble que l'air et les choses répondent à nos joies.
Ils se penchaient sur les feuilles volantes.
«Mon cher Georges, j'avais l'intention de passer avec toi la journée de dimanche, puisque te voilà collé; mais je viens de recevoir une lettre de mon tuteur qui m'enjoint de sortir chez un monsieur. Je le regrette doublement… J'espérais au moins te rapporter un petit cadeau, quoi? un rien, le moindre objet matériel pour te montrer que j'avais pensé à toi.—Hélas! j'ouvre mon porte-monnaie: aussi vide que la machine pneumatique de Bercemin… J'ignore comment tu prendras ce billet: dans une circonstance analogue, j'ai agi à peu près de la sorte, et celui auquel je m'adressais a été si fort blessé, que je fus presque obligé de lui faire des excuses. Cependant je pense que je ne dois rien cacher à mon ami… Mon cœur sera avec toi, puisses-tu ne pas trop t'ennuyer. C'est le plus sincère de mes vœux.»
Un autre: «Très bien, Georgeot, ton portrait de Chardon, l'éloge est assez long, et il me semble que ces seuls mots: Il est mon ami, suffisent largement à son apologie.»