—Tout seul?

—On ne peut donc rien vous cacher?… Eh bien! soit: voilà deux ans que d'Arsemar m'appelle à chaque saison. Après une si longue séparation, je commence à lui manquer comme il me manque. Cette fois, je pars.

Desreynes revint à ses lettres; il les prenait une à une et les examinait d'un coup d'œil: certaines s'en allaient, jetées dans un plateau de laque aux fleurs rouges et blanches; le reste s'empilait sur un coin de la table.

—Vous excuserez, n'est-ce pas? J'ai là de nombreux courriers auxquels je n'ai pas encore eu le courage de répondre, et je veux emporter avec moi les lettres qui demandent un mot.

Le visiteur s'était remis à frapper de sa canne le bout de sa bottine.

—D'Arsemar… Beaucoup entendu parler: votre meilleur ami?

—Mon seul ami, cher ami.

L'autre décroisa ses jambes, qu'il allongea, les talons à terre et les pieds verticaux; maintenant, les mains entre les genoux, il cognait sa canne au rebord de ses deux semelles.

Il ajouta, un peu piqué:

—Oui, mais le mariage change bien des choses, et vous ne l'avez pas revu depuis qu'il a pris femme. On la dit jolie, sa légitime…