L'entraînement de raconter, l'occasion d'intéresser, en excitant son jeune esprit, allumaient ses prunelles brunes, et gaiement il narrait l'histoire lamentable. En l'écoutant, Dieudonat se remémorait la parole sacrée: «Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume de Dieu». Et il songeait: «Le royaume de la terre, j'en ai fini; je n'ai plus d'espoir que dans le ciel».
Mais, tout à coup, les Crieurs-de-nouvelles passèrent en courant. Ils proclamaient le suicide d'un riche marchand et de sa femme, leurs disgrâces domestiques, auxquelles était mêlé le Prince Dieudonat, et leur ruine, et la miraculeuse disparition du Prince.
L'enfant devint tout pâle:
—Le patron de papa qui est mort...
—Celui qui vient de se tuer était le patron de ton père?
—Oui... Plus de pain... Maman pleure... Au revoir, m'sieu.
—Arrête, écoute!
—Je n'ai plus le temps, m'sieu; maman pleure.
—Deux minutes pour gagner vingt ans de ta vie! Onuphre, tu as entendu parler de Dieudonat, qui peut tout ce qu'il veut?
—Oui, papa le déteste et dit qu'il a causé nos malheurs et bien d'autres.