—Eh! Te voilà, mon camarade? Belle cérémonie, avoue! J'en suis l'organisateur. Mais celui qui en prépara les bases n'a pas su jouir de son triomphe, et la Reine est déjà vengée: ce petit Epagomène s'est bêtement laissé empoisonner. Entre nous, c'était un nigaud. Je le remplace auprès du Roi; mais j'adopte un autre titre, mieux en rapport avec l'importance de mon rôle: Comte d'Avatar, Ministre de la Cour! J'ai tout dans la main! Je vais pouvoir enfin montrer ce que je suis!

Et la voix du poète répliquait doucement:

—Pourvu que cela ne constitue pas un attentat à la pudeur.

Ces propos furent les derniers que Dieudonat entendit proférer par l'indomptable Calamiteux; quelques minutes plus tard, il l'entendit encore, mais il ne parlait plus, cette fois, il criait: les gens du guet l'emmenaient en prison, par ordre du seigneur Comte d'Avatar, Ministre de la Cour.

A compter de ce matin-là, le Prince ne connut d'autre parole humaine que celle du tailleur d'images récriminant contre la guigne. Le vieillard, en effet, avait lieu de se plaindre: depuis qu'il voyait clair, il s'appliquait à fignoler ses œuvres, qui perdaient tout le charme de leur naïveté; au surplus, le public les trouvait dépourvues d'intérêt, puisqu'elles n'étaient plus sculptées par un aveugle; il en vendait de moins en moins, et le bedeau voulait le faire déguerpir:

—Maintenant que tu as recouvré la vue, il faut t'en aller, tu n'as plus de raisons pour mendier.

A cette injonction, l'expulsé ne manqua point de constater un air de triomphe sur la face du cul-de-jatte; il lui cria:

—C'est ta faute! Tu me fais chasser, bien sûr, pour être seul!

Tous les jours, tout le jour, chronométriquement, en ciselant ses bouts de bois, il grognait: