—Tu crois, Noiraud? Merci, Noiraud...
—Les chiens modestes savent ça: toute vie est misère. Les cloches aussi le savent. Écoute-les, qui te le disent...
D'heure en heure, le bronze des cloches le coiffait d'une lourde chape de sons qui lui tombait sur le crâne et sur les épaules: elles l'enveloppaient d'un frémissement qui le pénétrait par tous les pores: sa poitrine s'enflait de ces grondements renouvelés, et c'était comme s'il eût senti, heure par heure, dans son maigre corps, battre le gros cœur de la ville.
—Tout de même, je voudrais bien ne plus entendre ça...
Un soir d'automne, le maître de chapelle s'arrêta devant lui; il parlait d'une voix triste:
—Ah! la vie n'est pas drôle! Voilà que je deviens complètement sourd; les fabriciens vont me remplacer: je n'ai plus qu'à mourir de faim.
Le Roi ne répondit rien; il donna son ouïe.
Il eut d'abord le sentiment d'une délivrance nouvelle.
Puis, un immense désert se fit, dans le silence, et une solitude sans bornes.
Calame n'avait pas reparu. L'organiste lui-même ne s'arrêtait plus guère et cessait d'adresser des mots à ce pauvre diable qui ne percevait plus les sons. Depuis qu'il était sourd, Dieudonat perdait la parole. Il disait encore: «Noiraud... Noiraud»... Ou encore, quand on lui jetait un quignon de pain: «Merci... Merci...» Et rien d'autre.