Personne ne le regarda plus. Au pied de son pilier, il se tassait, comme une moitié de statue.
Plus qu'autrefois, Noiraud venait se blottir contre lui; sous le porche venté, ils se tenaient chaud l'un à l'autre, et le cul-de-jatte pouvait, sans se baisser, trouver à bout de bras un crâne fraternel, plein de pensées muettes, comme les siennes.
Mais les heures étaient bien lentes, et trop nombreuses, même en hiver: pour les compter encore, il essayait de les deviner, faute de les entendre gronder au-dessus de sa tête. De plus en plus, il se replia sur lui-même, et il diminuait.
Une nuit qu'il neigeait, le chien se mit à trembler de fièvre et à claquer des mâchoires; il lécha tristement la main de son ami, et, à sa manière, il disait: «Adieu, je vais mourir, je le regrette...»
Le Roi donna sa vie au chien.
Mais le sacrifice servit de peu, car Noiraud accompagna le corps et se laissa mourir sur la tombe de son frère.