Feu le Prince Dieudonat, en la trente-neuvième année de son âge, arriva fort perplexe à la porte du Paradis: sans doute il n'aurait pas eu spontanément la présomption de se diriger par là, si quelque force occulte ne l'y avait conduit; même, il fit ce trajet avec tant de lenteur que Noiraud eut loisir de le rattraper en route.

En les voyant venir, si hésitants et si penauds, Saint Pierre en eut pitié et sortit de sa loge. Debout sur le seuil, il souriait, un peu narquois mais bénévole, en hochant la tête avec un air de réprobation attendrie, comme ferait un vieux grand-père en face du bambin qui n'a pas été sage.

Dieudonat le reconnut aussitôt, à sa barbe de marin, à sa calvitie couronnée de frisons, surtout à ses clefs: devant cette apparition colossale, et bien qu'il eût lui-même récupéré par la mort l'intégrité de sa personne, il se sentit infirme plus encore que sur terre, et plus chargé de fautes:

—Excusez-moi, grand saint; je vois que je me suis trompé de chemin. Je cherchais le Purgatoire.

—Derrière vous, mon ami.

Le défunt se retourna et n'aperçut que la terre.

—C'était là: vous en sortez. N'y avez-vous pas fait un séjour suffisant?

—Suffisant pour les autres, à qui je n'ai cessé de nuire! Mon père, je me confesse à vous. Tous ceux que j'approchais ont souffert par mon geste.

—J'aime à vous entendre parler de la sorte, mon fils, mais n'exagérons rien, je vous prie: il y a de l'orgueil à exagérer quoi que ce soit, même le sentiment de vos responsabilités, puisque c'est, du même coup, amplifier votre importance. N'y persévérez plus.

—Tout au long du chemin, j'ai vu mes œuvres se lever contre moi. Partout j'ai répandu la douleur et la mort!