— Non, qu'il dit.

— Ah! que je dis, vous savez tout de même le vrai.

Alors, il me demande si le gamin a des frères, des sœurs, si je suis la grand'mère, si j'ai eu plusieurs enfants, s'ils étaient bien allants, si mon mari buvait, tout, quoi, il me demande tout. Je lui raconte Yves-Marie et puis Toussaint, qui étaient drôles, que je vous ai dit, et Honorine qui est muette. Toujours le monsieur remuait la tête comme s'il avait eu de la peine, ou comme s'il s'attendait par avance à ce que j'allais lui raconter.

— Mais il guérira, que je dis, n'est-ce pas?

Cette fois-là, il ne m'a pas répondu, et il remuait encore la tête ; il m'a mis dans la main une pièce blanche, et puis il s'en est allé, le monsieur de Paris, et j'ai bien senti qu'il ne voulait pas me dire que le petit ne guérirait pas, jamais, et que ma fille l'avait sur les bras, pour toujours, à le regarder souffrir, sans rien pouvoir contre.

Alors j'y ai pensé toute la nuit, et je me disais : « Vaudrait mieux qu'il soit mort. Ça n'est qu'un moment à passer. »

Parce que, il faut bien vous dire ça, sur nos grèves, on ne meurt pas comme dans les villes : on en a l'habitude, voyez-vous, et ça ne nous dérange guère, vu qu'à tout moment il y en a qui s'en vont dans la mer, et c'est chacun son tour. Il faut ce qu'il faut, et on ne change pas sa destinée, vous pouvez me croire.

Pour lors, le lendemain, j'ai dit à Céline :

— Ma fille, c'est ça et ça ; ton petit ne guérira jamais : il est empoisonné par la boisson. C'est pas ta faute ; mais, plutôt que de le laisser souffrir, il vaudrait mieux lui faire délivrance, n'est-ce pas?

— Sûr, qu'elle dit, puisqu'on ne peut pas le nourrir, et qu'il a du mal.