— Depuis ce matin, je savais.

Tant je veux être cru, qu'il me croit! Et tout de suite, pour l'occuper, je continue :

— Je le rêvais, ce coup-là, un coup admirable, mais je n'ai su que le projeter, et tu as su l'exécuter.

Il sourit. Je l'ai regagné! On en fait ce qu'on veut, de ces gars-là, si on flatte leur maladie, le mal d'orgueil, qu'ils ont jusqu'à en devenir fous et à se constituer bourreaux. Des naturalistes prétendent que les tigres sont cabotins. Bien vite, j'appuie sur la chanterelle :

— Oui, mon vieux, un trait de génie, que tu as eu là, tout simplement! Je m'y connais et j'en ai vu. On n'en trouverait guère, tu sais, pour combiner la chose comme toi et moi, ni surtout pour l'exécuter comme toi.

Il fait une moue de modestie ; pour agiter sa main par-dessus son épaule, dans un geste de négligence, il a lâché le revolver. Amusons sa vanité, amusons-la.

— Tout de même, vois-tu? il y a un point qui cloche, et, là, je comprends mal. Pourquoi as-tu tardé à sortir de la maison? Je n'espérais plus guère t'y trouver.

— Un accident… lorsque j'ai refermé le volet… D'abord, il faut te dire que je mourais de soif…

Il me conte une histoire, longue, embrouillée, que je n'écoute même pas. Il ment. La vérité est qu'il a eu peur, mais il ne veut pas en convenir, et cherche des excuses ; pendant qu'il travaille à inventer, il oublie de se méfier : l'alerte est passée! Je l'embarrasse de questions ; il se débat, il patauge ; il voit que je souris, et il s'inquiète, mais pour sa dignité.

— Tu rigoles?