— Parfait! Rien n'a bougé. A nous deux, maintenant…

J'entre, je sens la fraîcheur de l'air : dans la seconde pièce, une fenêtre était ouverte.

— Il a filé!

Je me précipite, je me penche sur l'appui : mes draps pendent jusqu'au sol de la cour. Par le jardinet de la maison voisine, il a gagné la ruelle : c'est clair! Ah! la rage de cette minute, contre moi, contre ma sottise! Les vaincus ont tort, je ne me pardonne pas! Je sais mes fautes, c'est par mes fautes que la vengeance me glisse entre les doigts! Mais je réparerai, j'expierai, et peu m'importe ce qu'il en coûtera! Je retrouverai l'homme!

— Je vous jure, chéries, que je vous le rendrai!

Devant le portrait des deux mortes, j'ai prêté le serment solennel : je me suis mis à genoux, et, du fond de mon cœur, je leur ai demandé pardon, en les priant d'intercéder dans le ciel, auprès de la Vierge et des Saints, pour que la bonté divine vînt au secours de ma détresse et me fît retrouver leur bourreau.

Amen.

Je me signe. Je me relève. Je suis calme.

Je vais à la fenêtre retirer les draps qui pendent. La nuit est bleue : des astres scintillent, mes deux mortes sont là ; mon regard vrille des trous dans l'infini. Pour travailler avec elles deux, pour qu'elles m'aident, je traîne un fauteuil devant la fenêtre, et, sous les étoiles, je combine une chasse à l'homme. Mon plan s'élabore : je vois ; le ciel m'éclaire.

— Il s'est sauvé par méfiance, je le ramènerai par la confiance ; j'avais donné des gages que j'ai rendus suspects, j'en donnerai de nouveaux qui seront incontestables ; j'ai dit faussement que j'étais des leurs, j'en serai, et les autres me guideront vers celui que je cherche.