— C'est ici que je l'amènerai!
Je humais l'air de cette cave ; j'y respirais ma vengeance déjà présente. Blasquez parlait toujours ; son bavardage me berçait et m'aidait à penser. Il riait en parlant. Je riais avec lui. Il se frottait les mains, et, ravi de mon enthousiasme visible, il me battait l'épaule à grands coups de sa main stupide, en criant :
— Hein? Chouette, hein? On peut crier, ici, tu peux crier. Oh! ooh! ooh!
Il hurlait, et sa voix, répercutée par les murs, grondait dans ma poitrine comme dans un tambour.
— Crier tant qu'on veut! Personne n'entendra. Hein? Ils en avaient des inventions, les moines d'autrefois, et les seigneurs, pour torturer à l'aise le prolétariat de l'humanité souffrante dans les fers de son esclavage!
— Parfaitement.
— Mais l'heure est venue! Les cachots de la tyrannie abhorrée sont aujourd'hui les refuges où s'élabore la germination des revanches sociales, et le grain couve dans les entrailles de la terre! C'est symbolique, ça? Et tu le vois, le grain?
Il m'indiquait, en s'esclaffant, les boîtes destinées à devenir des bombes, et je les regardais avec tendresse, je palpais les bons murs, je les caressais, en leur disant merci.
— Tu as l'air de caresser un cheval pour le faire sauter…
— Pour le faire sauter, tu dis bien.