— Enfermé?

— …

— Quelle blague!

… Émile raconte longuement : le ronron monte vers moi. Diego a du mal à comprendre.

— Un traître! Jarguina?

Émile explique. De temps en temps, des exclamations d'incrédulité, puis d'étonnement me dénoncent les progrès de la compréhension dans l'esprit de Blasquez. Mais La Ballade, décidément, parle trop : il crie même ; il se fâche : sans nul doute, c'est contre Blasquez à présent, qu'il pérore et qu'il récrimine, Blasquez et sa sottise, qui m'a aidé, guidé, qui est cause de tout!

L'autre se tait. La scène devient banale ; elle m'ennuie : je n'apprendrai rien ; rien d'intéressant ne se produira cette nuit. C'est l'acte des parlotes : on ne souffre pas encore. Allons dormir. Mais la place est bonne, et j'y reviendrai demain.

Je remonte ; je me couche.

C'est étrange, et je ne l'aurais pas prévu : je ne ressens aucune fièvre, nul énervement ; je suis très calme, et comme soulagé, ou détendu, peut-être par la notion du labeur terminé, par la conscience du devoir accompli? Je n'ai plus rien à faire, en somme, qu'à surveiller, patienter, enregistrer les heures, imaginer ce qu'elles engendrent sous terre, et je n'ai nulle hâte de les presser, au contraire : plus le dénouement tardera, mieux il vaudra. A l'heure actuelle, ils ne sont encore que dans la première phase de leur anxiété. Je me trompe : La Ballade entre déjà dans la seconde ; après ma sortie, il pouvait escompter le secours de Blasquez, mais, depuis une trentaine de minutes, cet espoir-là est aboli. Après la colère, prostration. La période des vrais tourments ne s'inaugurera guère qu'avec le jour. Dormons. J'invoque Barbara et Catalina : je les vois ; elles sourient ; je leur parle ; elles sont satisfaites. Je m'endors…

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