Je martèle le sol à coups de poing. La rage me crispe. Puis, je m'apaise. La sagesse me revient. Je ne demande plus qu'ils sautent, mais au contraire que leur supplice se prolonge tout aujourd'hui, mardi, et demain encore, n'est-ce pas? Après-demain, aussi, mon Dieu, si c'est possible, et encore après…

Mais, par compensation de mon affolement refréné, une soudaine envie me prend, d'aller savoir, plus près d'eux, et d'écouter leur agonie. Je redescends aux caves.

Me voici à la porte du vestibule ; je me suis approché à pas de loup, avec ma lanterne aveuglée.

J'écoute : rien. J'attends : rien. Ils dorment, peut-être? J'attends encore. Le silence persiste. Sûrement ils dorment! Cette hypothèse m'irrite ; même, je n'oserais pas nier que mon amour-propre d'auteur n'en fût quelque peu offensé : je condamne des gens à l'angoisse, et ils dorment!

— Je vous réveillerai, moi, de la bonne manière! Dans votre sommeil, vive Dieu! je vais mettre la suée d'un cauchemar!

J'arme mon revolver et je tire au plafond.

Un double cri d'horreur se rue du fond de la terre, un beuglement fou et bestial de bœufs égorgés, et j'en ai moi-même le frisson, tant ces deux épouvantes hurlent sinistrement. Ils ont cru qu'ils sautaient! La stridence de leur appel déchire les échos de la détonation, qui se répercutent de cave en cave, dans les ténèbres.

Ils ont bien eu peur. Maintenant ils se taisent. Ils s'étonnent de vivre ; ils tâchent de comprendre ; ils n'osent bouger : je les vois très distinctement. Comme ils sont blêmes, avec des lèvres qui remuent…

Blasquez est debout ; il marche : je l'entends. Il marmonne, à mi-voix, des mots, tout seul. Il gravit les degrés de l'escalier. Il appelle :

— Au secours! A l'aide!