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J'arrive au seuil, et déjà j'y pose le pied ; mais le sol ondule sous moi, l'air tonne, les murs oscillent, je tombe à la renverse, et lorsque je rouvre les yeux, je vois tout le jardin qui redescend du ciel, comme les laves d'un volcan.
C'est fait.
L'irrévocable est accompli. Cinq minutes encore et je les délivrais. Ils ne tueront plus. Je les plains, cependant. Surtout, je les envie.
L'orage s'est décidé. La secousse de mon explosion l'a peut-être décidé, l'orage? Qui sait? J'ai aidé le ciel : il m'aidera. L'averse tombe sur les ruines. Allons nous livrer à la police.
Je les envie…
LES SABOTS DE NOËL
Pour commencer, je vous dirai qui je suis : je suis un cheval de fiacre, mais le don de la parole vient de m'être accordé, pour une fois, et vous allez voir dans quelles circonstances vraiment extraordinaires.
J'étais une bonne bête : on peut m'en croire ; je n'ai jamais menti ; je n'aurais pas pu mentir, puisque je ne parlais pas, et je ne mentirai pas aujourd'hui, puisque le Bon Noël m'a donné la parole pour que je dise la vérité. Il veut que je vous raconte mon aventure, et je la raconterai bien franchement, et j'expliquerai tout sans me mettre en colère. On ne m'a jamais reproché de me mettre en colère. Mon caractère est doux ; je n'ai jamais fait de mal à personne ; j'ai toujours trotté tant que j'ai pu, pour contenter le monde, parce tout va mieux quand le monde est content.
Vous m'avez peut-être vu dans les rues, et peut-être je vous ai traîné dans ma voiture, mais vous n'avez pas fait attention à moi, parce que les voyageurs ne s'occupent pas de nous. J'avais un petit trot bien égal, et j'étais toujours de bonne volonté : j'ai reçu des averses sur mon dos, j'ai marché la nuit et sur le verglas, j'ai eu bien froid pendant des heures, à la station, en hiver, et j'ai eu bien chaud en été. Quand j'étais malade, je marchais quand même, vous pensez bien, mais j'avais du mal à me mettre en route : alors les coups de fouet allaient leur train, et aussi les coups de pied d'homme, dans les jambes ou dans le ventre. Je ne m'en plains pas, puisque c'est la règle, et que l'homme a l'habitude de nous battre quand il est ennuyé dans ses affaires.