— Hue, cocotte!

J'essayai de remuer les jambes par obéissance ; mais mes jambes ne savaient plus bouger. Je m'écroulais, et il fallut me retenir en l'air, avec les courroies.

Alors, un des jeunes messieurs déclara qu'on avait assez travaillé, et que la nuit approchait, et il proposa de partir, et ils parlèrent du Réveillon. Alors, celui qui riait souvent ramassa mes quatre sabots et les rangea devant le poêle, en disant qu'il les préparait pour le Père Noël, et ses amis se montrèrent bien contents de ce qu'il disait là, si contents qu'ils riaient sans pouvoir s'arrêter.

Alors, ils se lavèrent et ils partirent, et nous restions là, toutes les bêtes dans la nuit. On les entendait respirer doucement. La neige tombait dehors. Personne ne me touchait plus, et toutes les souffrances de ma journée continuaient ensemble, avec tant de force que j'ai recommencé à mourir.

Au milieu de la nuit, j'ai ressuscité encore ; les autres viandes respiraient toujours, et quelque chose faisait du bruit dans le poêle éteint ; pourtant, je ne voyais là que mes quatre sabots…

Tout à coup, un homme vieux qui avait une grande barbe blanche, avec des jouets entre les bras, sortit du poêle : il regarda longtemps mes quatre sabots, puis il me regarda, et il nous regardait tous, et de nouveau il regardait mes pauvres sabots qui avaient tant marché, et il secouait la tête d'un air triste.

Alors, je reconnus le Bon Noël, et il me dit :

— J'ai vu des sabots, et je suis venu, mais je ne serai pas venu en vain, quoiqu'on ait voulu me tromper. Oui, je te laisserai un cadeau, brave cheval : je te fais don de la parole, et, avant de mourir, tu raconteras ton histoire, afin que la vérité soit dite aux hommes par une bête. »

*
* *

Les révélations ci-dessus, publiées dans un journal à grand tirage, et aussitôt traduites en plusieurs langues, émurent l'opinion publique : dès lors, la nécessité s'imposa de vérifier autant que possible l'authenticité de ce récit. Interroger le cheval, il n'y fallait plus songer, car le pauvre animal, après les supplices multiples de sa vivisection, avait apparemment trouvé dans la mort une délivrance et un repos bien mérités. Une seule personne pouvait être utilement questionnée, le Bonhomme Noël.