Je ne peux pas dire comme ils me faisaient mal, tous ensemble. J'avais beau me raidir, ils ne comprenaient pas. De tout mon cœur je les suppliais : « Pardon… Pitié… Pardon… Tuez-moi vite! » Mais ils n'entendaient rien, puisque les chevaux ne parlent pas. Bien sûr, ils ne se doutaient guère de mon supplice, et ils agissaient sans méchanceté, et ils n'étaient pas en colère, car ils causaient entre eux, pendant qu'ils me faisaient tant souffrir.

Je saignais de partout, quand ils sont partis pour déjeuner.

J'espérais bien être mort, à leur retour, mais je vivais encore, quand ils reparurent ; ils n'étaient plus que trois.

Ils se remirent à l'ouvrage : deux m'ont scié l'os de la tête, en rond ; ils l'ont enlevé comme un couvercle, et posé devant moi : tout ce que j'avais enduré jusqu'alors, ce n'était rien auprès de ce que j'ai souffert quand on m'a enfoncé des aiguilles et des pinces dans le profond de la tête ; ils tiraillaient tout, ils déchiquetaient, ils broyaient ou tordaient, annonçant ce qu'ils allaient faire et nommant des parties de moi qui, toutes, avaient leur nom, et ils liaient des artères avec des ficelles, ils tranchaient des nerfs avec des lames, ils touchaient avec de l'électricité, ils brûlaient avec du fer rouge, ils me cousaient, et ma douleur s'en allait dans tout mon corps, et c'était si atroce que je ne faisais plus attention au jeune homme accroupi qui coupait mes deux derniers sabots, en fumant sa pipe.

Dieu des hommes, quelle torture! Et longue, longue, et qui ne pouvait pas finir! Ce qui m'est arrivé ensuite, je ne le sais plus : à force de souffrir, je ne sentais plus rien.

Je crois que j'ai été mort une fois, et je crois que ces messieurs m'ont ressuscité : ils me soufflaient du vent dans la gorge, avec un tube, et ils criaient :

— Bravo! Ça marche! Nous le ranimerons!

Ils se réjouissaient de me voir revivre, ce qui prouve qu'ils ne sont pas méchants. Mais moi, je ne demandais qu'à rester mort, et je l'aurais bien dit, si j'avais pu.

Ils étaient si heureux de m'avoir remis vivant, qu'ils gambadaient autour de moi en chantant : « Resurrexit… xit… xit!… »

Puis, ils détendirent mes courroies, pour me descendre jusqu'au sol et voir comment je me tiendrais debout sur mes quatre moignons, et ils me criaient gentiment :