— La Science! Avons-nous parlé d'elle? Nous parlons des jeux innommables et monstrueux, qui n'ont de commun avec elle qu'une étiquette de mensonge!
— On vous reproche cependant d'avoir, par des révélations intempestives, entravé le labeur de ceux qui cherchent la vérité, et dont le valeureux effort travaille à l'adoucissement des misères humaines.
— Je vénère tout labeur, j'exècre tout abus! Or, entre les abus qui déshonorent le monde et qui souillent la terre, nul ne m'apparaît plus odieux que celui de la force torturant la faiblesse, et la torturant à plaisir!
— Des savants honorables, dont la parole ne saurait être révoquée en doute, affirment cependant que rien de tel ne se passe en leurs établissements ; que les travaux exécutés par eux se limitent aux strictes nécessités de leur tâche, et que toutes mesures sont prises pour insensibiliser les sujets.
— Qu'ils parlent pour eux, et parlent d'eux, ils diront vrai, mais qu'ils ne parlent pas des autres et ne répondent de personne! Certes, j'ai vu des héros, et même j'ai vu des saints, vouer magnifiquement leur vie ou leur santé à la recherche des secrets que la Nature cache aux hommes, et leur rêve d'amoindrir la misère humaine, en tant que rêve, est auguste entre tous. Mais est-ce à dire, parce que ceux-là existent, que les autres n'existent pas? Est-ce à dire, parce que leur ambition est généreuse, que la parodie de leurs gestes ne soit pas vaine et criminelle?
— J'entends bien, mais, souffrez que je vous le dise en toute sincérité, on vous trouve blâmable d'avoir toléré, d'avoir voulu qu'un simple cheval de fiacre, ignorant et même ignare en la matière, poussât la présomption jusqu'à parler publiquement de choses qu'il ne connaît point.
— De ses douleurs? Il les connaît!
— On vous reproche d'avoir, en la circonstance, manqué de réserve, dramatisé hors de propos et même, comment dirai-je?… usé de précipitation, de candeur, en croyant, en donnant à croire des choses qui ne sont pas.
— Elles sont!
— Il ne suffit point d'affirmer, il faudrait prouver.