Je ne m'attarderai pas non plus au récit des autres préparatifs : afin de mourir en tranquillité, j'avais emmené Berthe à notre villa, déserte en cette saison, et j'étais bien sûr que personne ne viendrait y troubler notre heure finale.

Quand cette heure fut toute proche, le courage me faillit. C'était le soir : déjà l'aimée, avec ses gestes de grâce, si connus et si chers, se dévêtait auprès du lit où elle allait étendre son beau corps, pour le dernier sommeil, et elle souriait malicieusement vers cette tombe. Toute ma colère s'évaporait hors de moi ; une pitié désolante m'ensorcelait, devant cette beauté d'une vie qui n'existerait plus dans un moment.

Je dus sortir, pour respirer un peu de nuit fraîche, et reprendre mes forces.

Enfin, je rentrai dans la maison, dans la chambre.

Berthe était couchée. En me voyant si grave, si pâle, elle se mit à rire de ses belles dents :

— Quelle mine, chéri!

Comme elle riait, pour la dernière fois! Sa jolie tête, sur l'oreiller, s'encadrait de cheveux épars qui roulaient savamment vers son épaule nue : mon absence avait été mise à profit, pour une mise en scène avantageuse, et la coquette m'appelait :

— Voyons… Riez-moi, chéri… Regardez-moi… Viens!

Elle tendait vers moi ses deux bras ronds, et elle remuait les doigts avec un air d'impatience, se faisant câline et tentante, pour triompher de mon esprit avec sa chair. Mais moi, je résistais, pour la laisser vivre un peu plus longtemps, et pour la contempler encore un peu, avant…

Je vins m'asseoir, enfin, au bord du lit, et elle m'attira par le cou ; mais je détournais mes lèvres et je luttais contre mon désir ; elle s'en amusait et se piquait d'honneur à faire sa volonté en dépit de la mienne : son rire cherchait ma bouche, son dernier rire, humide, tiède…