Je respirais une odeur de cadavre, et, très exactement, je me rappelais tout.
— Berthe est morte. Je vis.
Au milieu de mes tortures, et malgré elles, je travaillais à m'expliquer l'événement : mais je souffrais trop, et le travail fut long.
Enfin, il aboutit à des inductions qui me parurent admissibles : Berthe, placée au-dessous de moi, avait absorbé la majeure quantité du poison, que la pesanteur avait fait couler dans sa bouche ; probablement alors un ressaut brusque m'avait lancé sur le côté, et peut-être n'avais-je aspiré que des vapeurs toxiques, trop peu pour en mourir, assez pour m'enkyloser tout. Mon cœur avait continué à battre imperceptiblement, et mon thorax à fonctionner, juste autant qu'il fallait pour me garder de l'asphyxie?…
— A présent, le poison s'élimine, et je reviens? Oh! que j'ai mal!…
Le poison, n'agissant que sur le système musculaire, avait laissé intact mon système nerveux ; ainsi je demeurais apte à percevoir les douleurs, et à délibérer des mouvements : mes nerfs transmettaient les sensations et les ordres, mais les leviers n'obéissaient pas.
— Qu'on m'achève ou qu'on me soulage! Qu'on m'achève plutôt!
Silencieusement, je criais : « Au secours! »
— Mais… Personne ne viendra. La maison est déserte. Nul ne sait que nous sommes ici. Nul ne nous y cherchera…
Espérer qu'un des rares passants de la route s'avisât d'ouvrir la grille et de traverser le jardin pour entrer dans la maison close, c'était folie, et j'allais mourir là, d'horreur, de faim, de soif, minute par minute.