La première qui se révéla fut celle de mon derme pâle, et je le remarquai d'abord, sans doute parce que ma souffrance a d'abord attiré vers moi l'attention de ma pensée naissante.
Mais je ne vis de moi que mon bras gauche avec sa main, c'est-à-dire ce qui gisait sous mon regard oblique ; la vision du reste m'échappait, car, en dépit de mes efforts, il m'était impossible de mouvoir mes yeux dans leur orbite.
La seconde image, survenue presque en même temps, fut celle d'un visage tuméfié, noirâtre, devant le mien, mais un peu au-dessous du mien, et par-dessus lequel mon regard avait glissé quand j'avais aperçu mon bras.
Ces choses, d'ailleurs, s'estompaient encore dans un brouillard.
Lentement, le brouillard se dissipa, ou presque, tandis que mon esprit devenait plus lucide.
Avec ma lucidité, ma torture croissait ; elle fut si intense que je crois m'être évanoui plusieurs fois.
Après chaque évanouissement, grâce à ce provisoire repos de mes nerfs, je voyais mieux, je comprenais mieux, je me souvenais davantage. La mémoire aidant la compréhension et les effets ressuscitant les causes, il advint, au bout d'un assez long temps, que toutes mes notions s'étaient successivement classées : à la fin, je savais.
Horreur! Devant moi, cette face…
Le visage du cadavre était d'un gris bleuâtre, avec des prunelles écarquillées, vitreuses, une bouche ouverte en carré, des gencives violettes, des dents ternes, un nez mou et tordu, pendant sur le côté, et qui suintait…
Je voulus crier. Rien. Le souffle restait dans ma poitrine, soufflet sans levier. Pourtant, je respirais? Oh! si peu!…