— J'ai tué parce que tu m'as trompé.
— Chacun est le seul maître de son corps. J'avais le droit de préférer un autre amour ; et tu n'avais pas le droit de me tuer.
— Oui, Berthe, ta faute fut légère, si elle existe ; la mienne fut atroce. Je le sais maintenant.
— Trop tard.
— Pardonne-moi!
— Laisse-moi. »
A partir de cet instant, le regard de Berthe n'a plus voulu répondre. J'ai cru voir qu'il s'endormait. Je fus horriblement seul.
Je dois supposer que mon délire prit alors un caractère plus proche encore de la folie, car, désormais, tout se brouille dans mon souvenir. J'y retrouve pourtant un îlot de clarté, et je me souviens de ceci : par intermittence, je poussais mon cri maniaque, dans l'air fétide. L'odeur de la chambre avait empiré. Une espèce de buée opalisait les vitres, et le soleil la diaprait en passant au travers. Les feuillages du jardin, remués par le vent, secouaient leur ombre sur la vitre et sur le tapis ; j'observais cette fluctuation de lumières et d'ombres ; ma tête tournait à les voir ; tout à coup, ce grouillement prit corps et fut le corps de Berthe, qui houlait, qui m'attirait ; et, tout à coup, le corps de Berthe fut le mien, étalé sous mes propres yeux, et je me voyais pourrir.
D'effroi, je poussai un cri strident. La peur de mourir me dressa sur mon séant. Mais, trop faible, je perdis aussitôt l'équilibre et je roulai à bas du lit…
Après cela, c'est une nouvelle lacune dans ma mémoire : je ne sais pas comment s'acheva la journée. J'ai la vague réminiscence d'être revenu à moi, vers le soir, et je grelottais nu, sur le sol. Je m'entends geindre. Ensuite, j'ai dû dormir.