Je m'attendais à cette révélation, et je l'appréhendais; mais quand elle se présenta sous la forme d'une certitude scientifique, elle me parut toute neuve, imprévue, et si lourde de conséquences que j'en demeurais écrasé. L'annonce de ma fin prochaine m'eût terrifié moins, et ce fut là, bien sûr, le plus grand chagrin de ma vie.

Dès ma rentrée à la maison, et malgré l'effort que je faisais pour dissimuler ma tristesse, Madeleine s'en aperçut.

—Qu'est-ce que tu as? Qu'est-il arrivé?

—Rien, mon enfant.

—Oh! si, je le vois bien! Il est arrivé quelque chose! Tu me caches quelque chose!

—Je t'assure…

J'avais envie de pleurer. Je fis effort, à table, pour manger, et sourire, et paraître indifférent, tranquille. Madeleine m'examinait à la dérobée avec des yeux ronds et fixes, pleins d'inquiétude. Comprenant que je ne voulais rien dire, elle ne me tourmenta d'aucune question nouvelle. Mais lorsque mous fûmes au lit et que la lampe fut éteinte, après le bonsoir, après un long silence de nous deux, elle parla tout doucement dans la nuit.

D'une voix comme un souffle, elle demanda:

—Tu dors?

Je répondis, très bas: