Rœschen m'avait renvoyé mon baiser, et, tout bas, j'avais crié:
—Je vous aime!
Si bas que j'eusse parlé, puisque ma propre oreille n'avait pas entendu les mots, la jeune fille m'avait compris, car aussitôt, du même mouvement de ses lèvres muettes, elle m'avait dit:
—Je vous aime…
Alors, le monde me devint magnifique, et la vie délicieuse, et l'avenir superbe!
Je ne tenais plus au sol; mon corps allégé s'enlevait de terre. J'aimais! J'étais aimé! Par Elle, la déesse du temple, la rose des nuits, la beauté nue, l'unique femme! Désormais, j'avais droit à l'étreindre, ce corps de vierge déjà possédé par mes yeux! Ce que j'avais volé, elle me le donnait! Ma gratitude criait: «Merci!» Et dès lors, entre nous, l'intimité se fit plus grande et très rapide.
Sur des feuilles de papier, j'écrivais en grosses lettres des phrases allemandes, et je la tutoyais. Rœschen me répondait par de semblables pancartes, et quelquefois me tutoyait aussi: mais, la plupart du temps, elle ne s'exprimait que par des symboles ou des aphorismes, évitant les formules précises, les phrases personnelles. J'attribuais cette réserve à la crainte d'une surprise, puisque sa mère, à tout moment, pénétrait dans la chambre. Néanmoins, ses réponses étaient parfois si compliquées que j'avais peine à en pénétrer le sens.
Si j'avais dit:
—Chante, pour que j'entende ta voix.
Elle répliquait: