J'écrivis:

«J'irai te voir, veux-tu?»

Elle me jeta une fleur.

«Cette nuit, veux-tu?»

Elle sauta, joyeuse, et battit des mains.

«Tu laisseras la fenêtre entr'ouverte, veux-tu?»

Elle ouvrit sa fenêtre toute grande.

Oh! l'extase du premier rendez-vous, par une nuit d'été, et quand on a seize ans! Il me semblait que l'univers entier n'existât que pour attendre l'heure. Est-ce que la raison, est-ce que les périls peuvent quelque chose contre l'appel d'amour et l'enivrant espoir de l'étreinte promise? Le jour me parut long; le crépuscule tardait tant à venir! Je guettais au ciel la première teinte rose du couchant, et, quand elle apparut enfin, c'est l'aube de ma vie que je saluai dans le soir.

Je t'aime! Je vais te voir! Te voir de près! Et mes lèvres écraseront les tiennes! Et mes bras serreront ton souple torse! Et tes coudes si blancs, que j'ai vus de loin, je les sentirai sur mon épaule! A cet effleurement rêvé, ma peau frissonnait toute, et c'était comme un bain où j'entrais des pieds à la tête. Je t'aime!

Je ne concevais pas qu'il y eût rien de mal dans ce que j'allais faire. Abusais-je d'une jeune fille? Non, certes! Elle a près de vingt ans, elle m'aime, elle m'attend, je l'adore, j'ai voué ma vie à la servir, et rien ne nous séparera jamais, lorsque nous nous serons rejoints. Je vais loyalement à elle. Ni les obstacles du monde, ni les difficultés de l'existence, ni l'argent, ni les conventions, ni même la volonté de nos parents, rien ne pourra rien, puisque nous voulons! S'il faut, pour nous unir, attendre que je sois majeur, on attendra, car notre amour est assez fort, et, d'ici là, je deviendrai riche, pour jeter sous tes pieds, ô ma belle fiancée, le tapis somptueux de la vie. Je t'aime!