Je les ai tant lues ces phrases, que je les sais par cœur. L'autre aussi les avait bien lues, car les feuilles sont toutes froissées: elles ont gardé les plis du corsage où cette femme les cachait, sur son cœur, et, si elles ont pu se refroidir avec le temps, c'est parce que la femme est morte!
Eh bien, non! Elle vit!
Elle vit, te dis-je! Elle est présente malgré la tombe, comme elle l'était malgré l'absence!
—Il l'aime encore!
J'en ai eu la preuve, et j'ai vu.
Ce que j'ai vu? Il l'a embrassée devant moi!
Oui, il l'a baisée sur les paupières, devant moi!
C'était un soir. Le petit allait se coucher. Mon mari, assis devant la cheminée, regardait les tisons; il se souvenait, sans doute, il pensait à elle… Tiré de sa rêverie par l'enfant qui l'appelait, il releva la tête avec cette stupeur des gens endormis qu'on réveille; il contempla son fils, et tout à coup il se mit à le serrer dans ses bras, comme s'il le retrouvait: il le serra si fort que l'enfant eut un cri.
Il lui baisa les yeux, entends-tu, les deux yeux, longuement, et lorsque l'héritier de la morte, enfin, eut dégagé sa tête et qu'il tourna vers moi ses prunelles étonnées, il avait un regard de femme: les yeux de sa mère, ressuscités, et je sentis que leur étonnement venait de me voir là!