—Ah! s'écria-t-elle, Clytemnestre avait la vengeance! Mais moi, dont personne n'a tué l'enfant, de qui me vengerai-je?
—De Dieu!
Cette exclamation, qui n'avait point de sens, leur fournit pourtant l'idée d'une scène qui devait être la plus belle du drame, celle où Clytemnestre menace tout l'Olympe de sa colère maternelle.
Dès lors, Clara Clarck s'intéressa davantage au poème, qui devenait un peu son œuvre. L'auteur sentait cause gagnée.
—Ne sera-ce pas un bel effort de mère que d'associer le monde entier aux funérailles d'un enfant? De toute l'Amérique et d'Europe, on viendra vous voir. On saura, sur la terre, que Clara Clarck joue cette pièce faite pour elle, commandée par elle, écrite avec ses mots, sténographiée par le témoin de sa souffrance. On saura qu'après cette pièce Clara Clarck n'en jouera plus d'autre, et que doivent accourir tous ceux qui veulent l'entendre une dernière fois. Le succès sera prodigieux, et vous vous retirerez du théâtre en laissant sous le ciel une grande légende: celle de la mère qui convia les peuples à célébrer son enfant, et disparut ensuite!
La tragédienne souriait. Enfin, elle répondit:
—Je jouerai.
Aussitôt la nouvelle, électriquement, courut de capitale en capitale; l'émoi fut énorme. De tous les points du globe, les télégrammes retinrent des loges pour la première. La concurrence fit monter à des prix fabuleux les plus misérables places de la salle; la location atteignit le chiffre fabuleux de trente-sept mille dollars, pour la représentation d'ouverture; dès que la date fut arrêtée, les bureaux transatlantiques se virent assaillis par les locataires de cabines, et les couchettes de troisième classe, bientôt, firent prime.
Les hôtels de New-York regorgeaient de monde: le duc de Candor loua, pour cent dollars par jour, la chambre d'un cocher.
Personne ne devait regretter son argent ni ses peines.