—Dans le ballon?
—Oui, mon petit.
Il se leva, et jamais je n'ai vu sur sa face une telle expression de bonheur.
—Écoute, dit-il.
Il dressa la pointe de son index. Soudainement, je devins très heureux moi-même et très fier: une confidence de mon père allait descendre jusqu'à moi.
Il dit:
—Aujourd'hui est un grand jour: j'ai trouvé! Jeudi sera un plus grand jour: j'essaierai!
—Avec moi?
—Oui, mon petit, avec toi.
Cette fois-là, je me jetai à son cou et je m'y accrochai; mon père aussi me serrait fort. Il m'étreignait sur sa poitrine, non pas comme un fils, mais comme une victoire, comme le triomphe de sa vie et le total de son effort, puisqu'il venait de verser en moi le secret de sa réussite. Non, ce n'était pas son enfant qu'il embrassait si bien, mais qu'importe? J'étais le premier près de lui: il m'associait à son front! Ah! le souvenir de cette minute-là m'exalte encore de joie et d'orgueil! De pareils instants effacent tous les chagrins passés.