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Mais que vois-je dans les rues étroites de Recanati ? Pauvre, bossu, les yeux brûlants, cet enfant, au-dessus d’un mur bas, regarde s’étendre devant lui comme un désert la grande invitation de l’infini. Des gamins le raillent, lui jettent des pierres, chantant son affreuse disgrâce. Ah ! Giacomo Leopardi, poings crispés, rasant les murs, déplorant d’être né, tandis que tu remontes vers le funèbre château paternel, écoute sur les ailes de l’air la voix des cloches.

« Lontanando morire a poco a poco ! »

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Sombre soirée à Saint-Pétersbourg : blancheur épaisse et molle et qui crisse sous les pas. Un chasse-neige glapit et emporte des tourbillons de glace. Un colonel en petite tenue descend d’un traîneau devant une confiserie de la perspective Newsky. Un jeune homme brun, à cheveux crépus, l’œil fiévreux, dévore des pâtisseries, dont le sucre lui saupoudre les doigts. Les clochettes des harnais s’agitent, le cocher s’engonce dans un manteau vert, serré par une ceinture de cuir. L’homme sourit avec haine, le colonel en petite tenue ouvre la porte de la boutique, un ivrogne chante sur la chaussée. Mon cœur se serre. Ah ! qu’est-ce donc ? C’est Pouchkine qui marche à la mort !

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Ainsi je participais aux plus belles destinées ; et, pauvre, obscur, méprisé, sans talent, ni avenir, je m’égalais par l’amour à la grandeur humaine.

XIII

De nouvelles années passèrent.