—Vous voyez, ma commission est en règle!... et je dois rejoindre mon corps sous huit jours, dernier délai... c'est qu'il s'agit de délivrer Verdun!... il y a là-bas des royalistes qui conspirent avec Brunswick... nous allons les déloger! ajouta gaiement la nouvelle cantinière.
La maman Hoche l'examinait avec surprise:
—Comment!... vous voilà cantinière?... dit-elle en hochant la tête; puis, fixant des regards d'envie sur la Sans-Gêne, elle reprit: Ah! c'est un bel état!... j'aurais bien aimé cela, moi, dans les temps!... on marche au son du tambour... on voit du pays... on a tout le jour de la joie autour de soi... le soldat est si bien à la cantine!... il oublie ses misères et il rêve qu'il deviendra général... ou caporal!... Et puis, les matins de combat, on se dit qu'on n'est pas une femme inutile, bonne à pleurnicher et à s'effrayer en entendant la canonnade... on fait partie de l'armée, et, de rang en rang, on verse, aux défenseurs de la nation, l'héroïsme et le courage pour deux sous, dans un petit verre!... l'eau-de-vie que porte la cantinière, c'est de la poudre aussi, et son petit baril a plus d'une fois contribué à décider de la victoire... je vous admire et je voudrais bien être comme vous, citoyenne!... vraiment, si j'étais plus jeune, je demanderais à accompagner mon cher Lazare, comme vous allez suivre votre Lefebvre... Mais l'enfant?... que ferez-vous du petit Henriot au milieu d'un camp, pendant les étapes, dans le tintamarre du combat?...
—Comme cantinière du 13e, j'ai droit à une voiture et à un cheval... nous en avons déjà fait l'emplette, sur nos économies, dit Catherine avec orgueil, j'ai vendu mon fonds de blanchisserie... Lefebvre, en se mariant, a reçu une petite somme... ça provenait de l'héritage de son père, le meunier de Ruffach, tout près de chez nous, en Alsace... Oh! nous ne manquerons de rien!... et le petit sera plus dorloté dans notre carriole qu'un fils de commandant... N'est-ce pas que tu te trouveras bien aise et que tu ne regretteras pas d'être venu avec nous? dit-elle en prenant le moutard et en l'élevant à la hauteur de ses lèvres pour l'embrasser.
A ce moment, un bruit de pas se fit entendre et l'enfant, subitement effrayé, détourna la tête pour se cacher derrière l'épaule de Catherine, en poussant des cris aigus...
Hoche rentrait, appuyé au bras de Lefebvre.
Il avait un mouchoir taché de sang, disposé en bandeau, lui cachant la moitié du visage...
—N'aie pas peur, maman!... cria-t-il de la porte... ça n'est rien!... une simple coupure qui ne m'empêchera pas de me mettre à table, ajouta-t-il gaiement.
—Ah! mon Dieu! il est blessé! que s'est-il donc passé? s'écria maman Hoche. Vous l'avez mené quelque part où l'on assassinait, lieutenant Lefebvre?
Hoche se mit à rire et dit: