—N'accusez pas Lefebvre, la mère! il a été tout bonnement mon témoin, dans une affaire, assez sotte d'ailleurs! Un duel avec un collègue!... Je vous le répète, ça n'est rien!
—Oh! j'étais bien sûr que vous n'auriez pas grand'chose!... dit Catherine, mais lui...?
Hoche ne répondit rien. Il était occupé à rassurer sa bonne mère adoptive, tout en réclamant de l'eau pour laver une fente rouge et profonde qui lui partageait le front, et s'arrêtait juste à la naissance du nez.
—Hoche a été un vaillant comme toujours, dit Lefebvre... imaginez-vous qu'il y avait autrefois aux gardes, et dernièrement encore dans la milice, un lieutenant nommé Serre qui était bien le plus mauvais coucheur qu'on ait jamais reçu dans une chambrée... il en voulait à Hoche... pour un tapage qui avait eu lieu dans un cabaret—où Lazare avait pris fait et cause pour de simples gardes, ses anciens camarades... ce coquin l'avait dénoncé... il l'avait fait punir de trois mois de cachot, parce qu'il avait refusé de livrer les noms des hommes recherchés... à sa sortie du cachot, une rencontre avait été décidée entre Serre et Lazare... il faut vous dire que Serre passait pour une lame... c'était la terreur du quartier... et il avait tué ou blessé plusieurs hommes en duel...
—C'était grave d'aller te battre avec ce bretteur! dit maman Hoche, tout émue du danger qu'avait pu courir son cher Lazare.
—Mais, reprit Lefebvre, le duel ne pouvait pas avoir lieu... Lazare n'était que lieutenant et Serre se trouvait capitaine...
—Il s'est pourtant battu...
—Oui... dès qu'il a été l'égal de son adversaire...
—Mais lui si brave, si gaillard, comment a-t-il pu recevoir cet affreux coup?
—De la façon la plus simple, maman, dit Hoche en souriant; bien que peu partisan des combats singuliers, car j'estime qu'un soldat déserte quand il risque sa vie pour une querelle particulière, il ne m'était pas possible de rester sous le coup des menaces et des insultes de ce drôle... il faisait trembler les recrues, il avait insulté la femme d'un ami absent...