Lefebvre prit la main de Hoche et la serra chaudement, les larmes aux yeux:
—C'est pour moi... c'est pour nous, qu'il s'est battu! dit-il en se tournant vers Catherine... n'avait-il pas prétendu, ce Serre, que tu avais un amant caché dans ta chambre, le 10 août...
—Oh! le monstre! dit Catherine furieuse, où est-il?... C'est à moi qu'il aura affaire à présent... Mais dites-moi donc où il est le misérable!
—A l'hôpital... avec un coup de pointe dans le ventre... il en a pour six mois! dit Lefebvre... s'il guérit, je le retrouverai peut-être à sa sortie... et je lui réglerai à la fois son compte, le mien et celui de Hoche!...
—Nous aurons d'autres occasions de nous servir de nos sabres, ami Lefebvre, dit avec énergie Hoche... la patrie est en danger! la patrie nous appelle!... dédaignons ces rixes particulières... mon adversaire avait calomnié, avait insulté, de plus il prétendait que j'avais sollicité mon envoi à l'armée du Nord pour le fuir... il fallait, malgré ma répugnance, mettre le sabre en main et montrer à ce spadassin qu'il n'effrayait pas les braves, je lui ai donné une leçon dont il se souviendra... à présent parlons d'autres choses et, si le fricot est à point, mettons-nous à table...
—Mais cette blessure?... dit la fruitière encore toute tremblante, en posant sur la table la soupière d'où montait une buée odorante...
—Bah! dit gaiement Hoche, s'asseyant et déployant sa serviette, les Autrichiens et les Prussiens me feront vraisemblablement d'autres estafilades... une de plus ou de moins, ça ne tire pas à conséquence!... d'ailleurs c'est déjà sec, voyez!
Et, avec insouciance, il enleva le mouchoir qui lui bandait la peau et mit à nu cette balafre, qui depuis caractérisa la physionomie martiale du futur général de Sambre-et-Meuse.
[III]
LA DEMOISELLE DE SAINT-CYR
Le repas fini, la maman Hoche et Catherine disposèrent tout pour le départ du petit Henriot.