Bonaparte se mordit les lèvres et reprit aussitôt:

—Peut-être ma sœur Paulette, qui est fort jolie, conviendrait-elle mieux à M. Permon? Et il ajouta qu'on pourrait du même coup marier Laure Permon à l'un de ses frères, Louis ou Jérôme...

—Jérôme est plus jeune que Laurette, dit madame Permon en riant... En vérité, mon cher Napoléon, vous faites le grand prêtre aujourd'hui... vous voulez marier tout le monde, même les enfants!...

Bonaparte fit semblant de rire et répondit, sur un ton embarrassé, qu'en effet le mariage des siens était l'un de ses plus grands soucis.

Puis, se précipitant sur la main de madame Permon, il y imprima deux brûlants baisers, en disant qu'il avait décidé de commencer l'union des deux familles, son rêve le plus cher, par un mariage entre lui et elle, aussitôt que les convenances, à raison de son deuil encore récent, le permettraient.

Stupéfaite, celle qui se trouvait l'objet de cette démarche inattendue n'y put tenir: elle éclata de rire au nez du postulant.

Bonaparte se montra froissé de cette hilarité. Madame Permon se hâta de l'expliquer:

—Mon cher Napoléon, lui dit-elle, se faisant tout à fait maternelle, parlons sérieusement: vous croyez connaître mon âge? Eh bien! vous ne vous en doutez pas... je ne vous le dirai point, parce que c'est ma petite faiblesse cette cachotterie-là... je vous dirai seulement que je serais non seulement votre mère, mais celle de Joseph, votre aîné. Laissons donc cette plaisanterie. Elle m'afflige, venant de vous...

—Je ne croyais pas plaisanter, dit d'un ton piqué Bonaparte, et je ne vois pas ce que ma demande a de si risible! L'âge de la femme que j'épouserai m'est indifférent. D'ailleurs, sans flatterie, vous ne paraissez avoir que trente ans.

—J'ai bien davantage!...