—Je l'ignore! je vous vois jeune et belle, s'écria Bonaparte avec feu, et vous êtes la femme que je rêve pour compagne...
—Et si je ne consens pas à cette folie, que ferez-vous?...
—Je chercherai ailleurs le bonheur que vous m'aurez refusé, reprit Bonaparte, avec énergie. Je veux me marier... ajouta-t-il après un instant de réflexion. Des amis ont pensé pour moi à une femme charmante comme vous... de votre âge ou à peu près... et dont le nom et la naissance sont fort honorables... Je veux me marier, je le répète!... réfléchissez!...
Madame Permon n'avait pas à beaucoup réfléchir. Son cœur n'était pas libre. Elle aimait, en secret, un de ses cousins, un grand bellâtre, nommé Stephanopolis. Elle l'avait présenté à Bonaparte et voulait le faire entrer dans la garde de la Convention qu'on créait en ce moment.
Pour ce brave soldat, qui d'ailleurs devait mourir fort prosaïquement en se coupant avec maladresse un cor au pied, elle repoussa l'offre de Bonaparte qui lui en garda rancune.
A quoi tiennent les destinées? Marié à madame Permon, Bonaparte n'eût peut-être jamais été général en chef de l'armée d'Italie et eût servi sans doute obscurément dans l'artillerie, durant des guerres sans gloire.
Bonaparte, dans cette conversation, avait manifesté son désir de réaliser un mariage avantageux, d'épouser une femme riche, qui lui faciliterait ses débuts dans la vie active, et lui ouvrirait les rangs de la haute société alors proscrite et terrifiée, mais qu'il devinait prête à ressortir, plus arrogante, de dessous les échafauds.
Le double refus de madame Permon devait faire, de la pensionnaire de Saint-Cyr, la princesse de Piombino, et du futur général Bonaparte, le mari de Joséphine.
[V]
LE SIÈGE DE VERDUN
M. de Lowendaal avait réussi à franchir la distance qui séparait Crépy-en-Valois de Verdun.