Les buveurs déjà s'empressaient.

La route et les chansons avaient donné soif à la troupe pleine de bonne humeur.

Bientôt les verres s'emplissaient et l'on trinquait aux succès du bataillon de Mayenne-et-Loire, à la délivrance de Verdun, au triomphe de la liberté!

Tous n'avaient pas d'argent, mais la cantinière était bonne fille et faisait crédit aux désargentés... On la rembourserait après la victoire.

Beaurepaire regardait, en souriant, ce tableau animé, et ses yeux se reportant vers le village de Jouy-en-Argonne, il murmurait, perplexe:

—Impossible de m'éloigner... qui donc pourrai-je envoyer là?... il me faudrait quelqu'un de confiance... une femme serait préférable... mais où trouver cette messagère?...

Et il continua à observer les hommes groupés devant l'éventaire de Catherine Lefebvre.

A l'écart, et paraissant indifférents à la joie de la troupe en repos, un sergent et un jeune homme portant les aiguillettes distinctives du corps de santé s'entretenaient avec animation, baissant la voix quand ils se supposaient regardés.

C'était Marcel, qui avait retrouvé Renée, le joli sergent. Il avait, selon l'espoir de la jeune fille, obtenu par la protection de Robespierre jeune, et sur la recommandation de Bonaparte, d'être détaché du 4e d'artillerie. Envoyé à la batterie dépendant du petit corps placé sous le commandement de Beaurepaire, il avait rejoint le bataillon, à Sainte-Menehould.

Les exigences du service, la différence des grades et la place de l'aide-major à la queue de la colonne, avaient empêché les deux jeunes gens d'échanger leurs confidences et de témoigner leur joie de se revoir.