L'étape inattendue, ordonnée par le commandant sur la lisière de la forêt de Hesse, au-dessus du village de Jouy-en-Argonne, leur avait enfin fourni cette occasion si attendue. Ils en profitaient.

Beaurepaire allait s'éloigner, un peu surpris de l'intimité semblant exister entre ce sergent et l'aide-major. Il se réservait de s'informer des causes de cette familiarité, quand Lefebvre, venant à passer, interpella Marcel:

—Vous venez du 4e d'artillerie? demanda-t-il, troublant le tête-à-tête des deux amoureux.

—Oui, lieutenant... en droite ligne.

—Est-ce que le capitaine Bonaparte, qui a été réintégré dans son grade, se trouvait au régiment, quand vous l'avez quitté?

—Le capitaine Bonaparte était en Corse... il a obtenu une permission... mais il a écrit à des amis à Valence, et nous avons eu de ses nouvelles au régiment... On parlait beaucoup du capitaine Bonaparte.

Beaurepaire, qui avait entendu, s'avança et dit vivement:

—Ah!... et comment va-t-il, Bonaparte?... J'espère qu'il ne lui est rien survenu de fâcheux?... Pouvez-vous me renseigner, major?... Moi aussi, je suis de ses amis...

—Mon commandant, dit Marcel, le capitaine Bonaparte est aujourd'hui en sûreté, à Marseille, avec toute sa famille... Mais il a couru un grand danger.

—Diable!... contez-moi donc cela... ce cher Bonaparte! que lui est-il donc arrivé?...