—Bravo, Bonaparte!... dit Catherine, battant des mains au récit... ah! les canailles de Corsicos, si j'avais été là avec nos hommes, n'est-ce pas, Lefebvre?...
—Bonaparte suffisait! dit Lefebvre, c'est un fin canonnier!
—Et un bon Français! ajouta Beaurepaire. Il ne voulait pas que sa patrie fût livrée aux ennemis... c'est bien!... Voyez-vous Bonaparte mourant ainsi dans une île, prisonnier des Anglais?... C'eût été absurde et sa destinée vaut mieux que cela... Merci, major, de vos renseignements... Quand nous aurons délivré Verdun, j'écrirai à Bonaparte pour le féliciter...
Le commandant s'était levé. Ayant jugé le repos suffisant, rien de suspect ne lui apparaissant en avant de Verdun, il donna l'ordre de tout préparer pour le départ... On devait se remettre en route dans deux heures, afin d'atteindre Verdun un peu avant la nuit, en profitant du crépuscule.
Tandis que les hommes, ayant mangé la soupe et nettoyé leurs armes, se disposaient à reformer la colonne, le commandant se dirigea vers la voiture tout attelée de Catherine.
Il fit signe à la cantinière qu'il avait à lui parler.
A voix basse, il donna ses instructions à Catherine, qui semblait écouter avec quelque surprise.
Quand il eut fini, la cantinière répondit simplement:
—C'est compris, mon commandant... et quand j'aurai quitté Jouy-en-Argonne et que je serai dans Verdun, que faudra-t-il faire?
—Nous attendre, si la ville est tranquille... accourir nous avertir, si l'ennemi avait fait un mouvement...