—Ah! c'est vous, monsieur, dit la jeune femme d'une voix tremblante; je ne comptais plus guère vous revoir... un si long temps s'est écoulé depuis que, pour la dernière fois, nous nous sommes trouvés ici, à cette place... et puis là-bas, au village de Jouy-en-Argonne...

—Ah! oui... Jouy!... Et comment se porte l'enfant?... toujours bien, je suppose?...

—Votre fille grandit... elle aura tantôt trois ans... Ah! plût à Dieu que la pauvre petite ne fût jamais née!... et les yeux d'Herminie s'emplirent de larmes.

—Ne pleurez pas! ne vous désolez pas, dit le baron sans se départir de sa calme indifférence... Voyons, Herminie, il faut se faire une raison!... vos larmes, vos sanglots peuvent attirer l'attention... toute la maison est déjà en rumeur par ma venue, voulez-vous faire connaître à tous ce que vous avez si grand intérêt à cacher?...

Herminie releva la tête et dit avec fierté:

—Quand je me suis donnée à vous, monsieur, ce fut mon cœur qui seul parla... aujourd'hui ma raison revenue me dicte ma conduite... l'heure de folie qui m'a poussée dans vos bras est passée... je ne vis plus pour l'amour... tout en moi est éteint de la flamme d'autrefois... en remuant mon existence je n'y trouve que cendres et débris!... Mais j'ai une enfant... votre fille Alice... pour elle je dois vivre, pour elle je dois conserver les apparences.

—Vous avez, pardieu! fort raison... le monde est impitoyable, ma chère Herminie, pour les petites aventures du genre de la nôtre... Que voulez-vous? nous étions tous deux, comme vous l'avez dit, déraisonnables... de la folie traversait nos cerveaux... c'était une ivresse... nous voilà dégrisés... eh bien! mais c'est dans l'ordre... on ne peut rester, toute la vie, fol et enivré!...

Et le baron esquissa un geste plein de fatuité et de cynique désinvolture.

Herminie s'avança vers lui, sévère, presque tragique.

—Monsieur le baron, je ne vous aime plus! dit-elle.