On eût dit qu'il relevait d'une longue maladie.

—M. le comte de Neipperg, aide de camp du général Clerfayt, général en chef de l'armée autrichienne! dit le président, présentant le mandataire de Brunswick.

C'était en effet le jeune Autrichien sauvé par Catherine Sans-Gêne, dans la matinée du 10 août.

A peine rétabli de sa blessure, grâce aux soins de la bonne Catherine, il s'était échappé de Paris, et avait gagné le quartier général autrichien.

Bien que souffrant encore, il avait voulu reprendre du service. Le souvenir de Blanche de Laveline le faisait plus souffrir que sa blessure. En pensant à son enfant, le petit Henriot, exposé à tous les périls d'une naissance irrégulière, en se reportant aux tentatives de Lowendaal, soutenu par le marquis, et qui pouvait contraindre Blanche à un mariage les séparant à jamais, Neipperg éprouvait une cruelle et lente torture. Il avait besoin d'oublier, et la guerre ne permet pas à la pensée de s'éterniser dans la douleur. Avec joie il avait donc repris du service.

Le général Clerfayt, qui avait apprécié les qualités de bravoure et de finesse de Neipperg, l'avait attaché à son état-major.

Comme il connaissait parfaitement la langue française, le général l'avait choisi pour porter aux notables et aux autorités de Verdun les propositions de capitulation.

Après avoir salué l'assemblée, le jeune envoyé fit connaître les conditions de Brunswick: elles consistaient dans la reddition de la ville et de la citadelle dans les vingt-quatre heures, sous peine de voir Verdun soumis à un bombardement et ses habitants livrés, après l'assaut, à toute la fureur du soldat.

Au milieu d'une morne stupeur, ces farouches conditions furent écoutées.

On a beau se dire royaliste, comme se vantaient de l'être ces notables, et craindre pour ses propriétés, il était difficile à ces riches bourgeois d'entendre sans quelque révolte dans le cœur cette hautaine et insultante menace.