—Mais, commandant, si la ville entière voulait capituler?... Si les habitants refusaient de se laisser bombarder? Que décideriez-vous? Iriez-vous, malgré toute une population, continuer à entretenir un feu meurtrier? dit le président... Voyons! que feriez-vous?... Nous attendons votre réponse...

Beaurepaire réfléchit une seconde, puis il éclata:

—Si vous me forciez à rendre la ville, entendez-vous bien, messieurs? plutôt que de subir cette honte et de trahir mon serment... je me ferais sauter la cervelle!... J'ai juré de défendre Verdun jusqu'à la mort!...

Il alla vers la porte, puis revint brusquement, frappa d'un grand coup de poing la table et répéta:

—Oui, jusqu'à la mort!... jusqu'à la mort!...

Il sortit suivi de Neipperg, laissant les notables terrifiés.

—Il se tuerait?... Ma foi, ce serait de la besogne toute faite et un fort soulagement pour tout le monde, dit à mi-voix Lowendaal qui venait de rentrer, sans bruit, dans la salle du conseil.

On l'interrogea. On lui demanda ce qui se passait dans la ville.

—On se bombarde ferme de part et d'autre, dit-il avec son sourire sceptique. Les volontaires courent sur les remparts comme des fauves... Il y en a déjà parmi eux plusieurs d'atteints... Ah! ces fantassins du 13e!... ils ont avec eux une sorte de démon femelle, la femme du capitaine Lefebvre, m'a-t-on dit, une cantinière, qui se démène, va, vient, porte les munitions, s'attelle aux pièces de canon, arrache la mèche tout allumée des obus prussiens qui tombent sur les glacis... Je crois vraiment qu'elle a ramassé à plusieurs reprises les fusils des voltigeurs tombés près d'elle et ne s'en est allée qu'après avoir fait le coup de feu... comme un homme!... Heureusement qu'il n'y a pas beaucoup de soldats comme cette amazone, autrement jamais les Autrichiens n'entreraient ici!...

—Vous espérez donc encore, baron? demanda le président.