Des jeunes filles royalistes, qui furent plus tard exécutées, et que la poésie a glorifiées comme des martyres, insultèrent au dévouement des défenseurs de Verdun, en apportant, vêtues de blanc, avec la bannière de leur confrérie en tête, des couronnes au roi de Prusse, vainqueur sans combat, maître de la ville par la trahison.
Verdun, comme Longwy, méritait d'être désormais appelée la ville des lâches.
La frontière était dégarnie, la route de Paris ouverte, et les armées d'Autriche et de Prusse n'avaient plus qu'à marcher sur la capitale afin de lui infliger le châtiment exemplaire promis par Brunswick.
Aucune forteresse, aucune armée, aucune résistance ne pouvait, pensaient les royalistes dans l'ivresse de l'espérance, arrêter la course victorieuse des alliés. On n'avait pas prévu le Moulin de Valmy.
La garnison de Verdun avait été admise aux honneurs de la guerre. Elle défila avec armes et bagages.
Lefebvre, promu capitaine, fut dirigé avec le 13e d'infanterie légère sur l'armée du Nord.
Catherine Lefebvre avait emmené avec elle la petite Alice, que la folie de sa mère faisait orpheline.
Elle la coucha dans la carriole, à côté du petit Henriot, enchanté de retrouver sa jeune camarade de Verdun, puis elle dit à Lefebvre avec un bon sourire, en lui montrant ces deux têtes blondes endormies:
—Dis donc, mon homme, ça nous fait déjà deux enfants que la patrie nous envoie, est-ce que ça ne te donne pas un peu de honte?