Le capitaine Lefebvre, en embrassant sa femme, promit de rattraper le temps perdu.
Et l'on se mit en route, la colère aux yeux et l'espoir de la revanche au cœur, en jurant de reprendre bientôt la ville livrée et de reconduire, la baïonnette aux reins, les Prussiens et les Autrichiens, qui n'auraient pas toujours en face d'eux les traîtres de Verdun.
[XV]
AU BORD DU NÉANT
Pendant que ces événements s'accomplissaient dans l'Est et que Dumouriez et Kellermann arrêtaient l'invasion à Valmy et sauvaient la France et la République en forçant les Autrichiens et les Prussiens à se rejeter sur la Belgique, que faisait Bonaparte?
Il se trouvait fort en peine au milieu de toute sa famille, réfugiée à Marseille et dénuée de toutes ressources.
Après plusieurs pérégrinations de logements en logements, en des quartiers pauvres, expulsée sans pitié par d'intraitables logeurs, madame Letizia Bonaparte, âme virile, cœur énergique, trouva un local assez convenable dans la rue du faubourg de Rome. Le propriétaire était un riche marchand de savons, nommé Clary, qui montra tout de suite une grande sympathie pour les exilés.
L'existence de la famille Bonaparte était laborieuse et digne.
Levée dès l'aube, madame Bonaparte se mettait aux soins du ménage, balayait, lavait, préparait le modeste repas, puis distribuait à ses filles la besogne. L'une allait aux provisions, l'autre raccommodait le linge et les habits de la maisonnée, la plus jeune seule avait la permission de jouer.
Dans le jour, la mère et les deux filles aînées faisaient des travaux d'aiguille dont l'humble produit les aidait à vivre.
Joseph venait d'obtenir un emploi de commissaire des guerres dans l'administration des subsistances militaires, mais ses émoluments lui suffisaient à peine.