A titre de réfugiés corses, victimes de leur dévouement à la France, la famille Bonaparte recevait de la municipalité des rations de pain de munition.
Bonaparte, encore une fois privé de solde, était dans l'impossibilité de contribuer à l'alimentation des siens.
Face à face avec l'horrible spectre de la misère, il perdit courage, et le suicide hanta son cerveau surexcité.
Un jour, n'ayant dans la poche qu'un sou qu'il jeta à un pauvre, il se dirigea vers un rocher dominant la mer.
Il s'abîma alors dans une méditation profonde.
L'eau verte miroitante l'attirait... Inutile à son pays, désarmé, sentant son génie réduit à l'impuissance, n'ayant plus confiance en soi, ne voyant plus au firmament assombri cette étoile qui l'avait guidé, accablé par le sentiment de son isolement, ne pouvant supporter l'idée d'être à charge à sa mère au lieu de la soutenir, il considéra d'un œil fixe et farouche la mer battant doucement la pointe d'un roc à fleur d'eau.
Là, en se précipitant de la hauteur, il se fracasserait sûrement le crâne...
Délivré de la vie, il débarrasserait les siens d'une bouche inutile et leur laisserait tout entière la ration de pain allouée par la charité publique.
Il demeura ainsi, en proie aux plus sinistres résolutions, se tâtant, se reprochant d'hésiter à mourir, se persuadant qu'il n'avait rien à espérer sur la terre, et ses yeux, fixes et froids, semblaient attirés par l'abîme sombre et tournoyant au-dessous de lui.
Il resta ainsi une longue heure, au bord du néant.