La vue d'une barque cinglant au loin, et qui semblait se diriger vers la côte, l'arracha à sa torpeur désespérée...
—Il faut en finir! se dit-il brusquement.
Déjà il calculait la distance et l'élan nécessaire pour s'élancer du roc dans la mer, quand son nom prononcé le fit se retourner.
Un homme vêtu en pêcheur accourait vers lui, les bras ouverts.
Surpris et irrité d'être troublé dans sa détermination, il allait descendre vivement du rocher et chercher un endroit plus écarté où il pût mettre à fin sa sinistre résolution, quand le pêcheur lui cria:
—C'est bien toi, Napoléon?... Que diable fais-tu ici? tu ne me remets donc pas?... Desmazis, ton ancien camarade d'artillerie au régiment de la Fère?... as-tu donc oublié nos bonnes soirées de Valence?
Bonaparte reconnut alors son ancien compagnon, et tous deux s'embrassèrent.
Desmazis expliqua qu'il avait émigré, aux premiers grondements de la Révolution. Il vivait tranquille en Italie, auprès de Savone, sur la côte. Ayant appris que sa vieille mère, retirée à Marseille, se trouvait gravement malade, il avait équipé à ses frais, car il était fort riche, une balancelle, et était parvenu, sous un costume de pêcheur, jusqu'au port où il avait abordé sans éveiller l'attention.
Rassuré sur la santé de sa mère qu'il avait pu serrer dans ses bras, et que son arrivée avait contribué à rétablir, il allait se remettre en mer. Par prudence, il avait donné l'ordre à son matelot de venir le prendre en dehors du port.
Il attendait sa barque.