—Mais, toi, que faisais-tu en cet endroit solitaire? demanda-t-il avec intérêt.
Bonaparte balbutia quelque vague explication.
Puis il cessa de parler, et, retombant dans une morne méditation, il se mit à regarder de nouveau avec fixité l'eau verte ourlant d'argent la pointe noire du roc.
—Ah çà! qu'as-tu? dit avec émotion le bon Desmazis. Tu ne m'écoutes pas... ça ne te réjouit donc pas de me revoir?... Quel chagrin te fait souffrir?... est-ce qu'un malheur te menace?... réponds-moi!... vraiment tu m'as tout l'air d'un fou qui va se tuer!...
Bonaparte, gagné par l'accent de sympathie de son camarade, lui révéla sa situation et confessa son désir d'en finir avec l'existence.
—Quoi! ce n'est que cela? dit Desmazis. Oh! j'arrive bien alors! Tiens, ajouta-t-il en détachant sa ceinture, voici dix mille francs en or. Je n'en ai pas besoin pour le moment. Tu me les rendras quand tu le pourras. Prends donc et va sauver les tiens.
Et il tendit à Bonaparte abasourdi les dix mille francs, une fortune pour le pauvre officier sans solde.
Puis, comme pour se dérober à la reconnaissance, et aussi pour ne pas permettre, avec la réflexion, à un refus de se produire, Desmazis quitta brusquement son ami, en lui disant:
—Au revoir!... ma balancelle accoste... mes matelots m'attendent... bonne chance, Napoléon!...
Et, dégringolant rapidement le sentier par lequel il avait grimpé pour surprendre si à propos son camarade désespéré, le généreux Desmazis gagna sa barque, fit déployer la voile et prit rapidement le large.